mardi 25 février 2014

Le mardi 25 février 2014 par Marine S dans , ,    3 commentaires

La semaine dernière, je vous parlais de Samuel SOULAS, le cultivateur un brin original qu'était mon arrière-grand-père. Aujourd'hui, c'est au tour de son père, Silas SOULAS, d'être sous les feux de la rampe.

Silas Joseph SOULAS est né le 26 juin 1841 à Coinces du légitime mariage de Pierre Prosper Antoine SOULAS et de Magdeleine Esther SOTTEAU, et est décédé le 1er mars 1909, sans doute à Coinces. Je ne possède malheureusement pas de photographie de lui.

Comme je l'ai déjà évoqué dans mon article sur Samuel, Silas était apiculteur et cultivateur. De mémoire familiale, on dit qu'il possédait 25 à 40 Ha de ferme et 400 à 700 ruches dans le hameau de Lignerolles, entre Coinces et Patay. Cela représentait une assez grosse exploitation pour l'époque. Cependant, dans les différents actes d'Etat Civil remontant jusqu'en 1649, son père et tous ces ancêtres sont indiqués comme étant vignerons à Lignerolles. Silas a donc sans doute développé son exploitation d'apiculteur à la place de la vigne.

Ci-dessous la maquette du corps de ferme appartenant à la famille SOULAS. Cette maquette a été réalisée par Samuel, qui a creusé et sculpté à l'échelle les maisons et les murs dans une plaque de plâtre dont l'épaisseur était telle que le dessus de la plaque correspondait au dessus des cheminées (oui souvenez-vous quand je vous disais qu'il avait une âme d'artiste !). On y voit d'ailleurs quelques ruches peintes en blanc sur la gauche (mais Silas avait pour toutes ses ruches d'autres bois alentour) :

Maquette du corps de ferme des Soulas, réalisée par Samuel Soulas - 1900/1931
Archives familiales 

On reconnaît encore bien la ferme aujourd'hui :

Vue aérienne de la ferme familiale - Vers 2000
Google Maps

Et voilà ci-dessous, une pièce précieuse, la plaque d'apiculteur de Silas qui devait sans doute être accrochée à l'entrée de la ferme :

Plaque d'apiculteur de Silas Soulas
Archives familiales

Une petite parenthèse d'apiculture : une ruche est généralement composée de deux parties, le corps et la hausse. Le corps est l'endroit où l’essaim d'abeilles fait ses provisions pour l'hiver, c'est l'endroit privé des abeilles. La hausse est un étage supplémentaire rajouté sur le corps et contenant des cadres vides que les abeilles remplissent lorsque le corps est rempli. Généralement, l'apiculteur ne récupérait que le miel issu de la hausse, qui représente environ 1/3 du miel produit dans la ruche. Mais Silas possédait également des ruches en un seul morceau, en paille et en osier. Pour faire sa récolte, il devait alors détruire l'essaim pour récupérer tout le miel, et il rachetait alors des essaims chaque année.

Silas se marie le 10 novembre 1868 avec Amélie GREJON à Coinces. Amélie est de Josnes, dans le Loir-et-Cher, à une quarantaine de kilomètres de Coinces. Silas et elle sont tous deux protestants, donc ils ont dû se rencontrer au sein de la communauté protestante de la région. A noter qu'une recherche Google Livre sur "Silas SOULAS" me retourne la page 258 de l'Annuaire du Protestantisme Français d'Edmond Davaine (1893). Impossible de trouver une version numérique de ce livre, donc je reste sur ma faim !

Comme je la trouve très élégante, je vous partage la signature de Silas sur son acte de mariage :


Signature de Silas Soulas - Coinces, 1868
Source : Archives Départementales du Loiret

Sur leur acte de mariage, il est indiqué que Silas et Amélie ont passé un contrat de mariage auprès de Me RIBY, notaire à Josnes. J'ai demandé il y a quelques temps ce acte à une association de bénévoles sur Internet, mais faute de bénévole disponible, je n'ai pas encore pu obtenir ce contrat. Là encore, une frustration !

Silas et Amélie auront 5 enfants : Josué Siléas Ovide (1870-1872), une enfant mort-née (1873), Josué François Joseph (1873-1906), Samuel Daniel Silas (1879-1931), et Marthe Eva (1883-1954). Parmi ces 5 enfants, seul Samuel, mon arrière grand père, aura une descendance, qui fait d'ailleurs l'objet de mon précédent article

Finalement, même si j'ai des informations sur sa profession et son lieu de vie, la ferme familiale où j'allais passer mes vacances quand j'étais petite, je me rends compte qu'il me manque encore des éléments pour connaître vraiment Silas... Concernant son lieu de décès, j'imagine qu'il est décédé à Coinces, mais n'ayant pu consulter l'Etat Civil de cette commune en 1909, je n'en ai pas l'extrême certitude. J'attends également beaucoup de son contrat de mariage pour mieux connaître son niveau de vie et ce qu'il possédait réellement. Quand je l'aurais, j'espère pouvoir mettre à jour cet article avec de nouvelles précieuses informations sur la vie de Silas !


jeudi 20 février 2014

Le jeudi 20 février 2014 par Marine S dans    1 commentaire

Actuellement en voyage à Sydney, j'ai eu envie de vous partager une toile que j'ai vue aujourd'hui au Musée d'Art Contemporain. A la base, ce ne sont que des petits points blancs sur un fond noir, mais quand on prend du recul, cette toile raconte une vraie histoire et représente un hommage aux ancêtres de l'artiste.

Sandhills de Dorothy Napangardi (2004) - Museum of Contemporary Art, Sydney

Cette oeuvre s'appelle "Sandhills" et a été réalisée en 2004 par Dorothy Napangardi (1958-2013). Dorothy Napangardi est une aborigène qui vient de la région Mina Mina dans le désert Tanami en Australie. C'est cette région, la terre de ses ancêtres, qui a été la source d'inspiration de ses peintures.

"Sandhills" représente la région du Yuendumu dans le désert de Tanami. C'est une zone très importante pour les femmes Napangardi et Napanangka qui fondent leurs coutumes sur l'histoire merveilleuse de cette terre.

Détail de Sandhills
Sous ses allures abstraites, la peinture a pour vocation de représenter les traces des Femmes Ancêtres lorsqu'elles ont voyagé à pied à travers la région de Mina Mina pour chercher de la nourriture. Tout au long de leur trajet, les femmes plantaient des bâtons pour délimiter la terre, faisaient des cérémonies mystiques en dansant et chantant. 

Les traces de ces femmes donnent alors à la peinture son aspect ondulatoire, en relief, qui dessine également les dunes de sable du désert.

Pour en savoir plus sur Dorothy Napangardi (en anglais) :



mardi 18 février 2014

Le mardi 18 février 2014 par Marine S dans , , ,    8 commentaires

Portrait de Samuel Soulas - Tunisie, ca 1905
Archives familiales

Après avoir passé un mois (déjà !) dans les branches du côté de ma mère, cette semaine je redescends du côté de mon père avec Samuel SOULAS.

Samuel m'intéresse particulièrement car il est mon arrière-grand-père paternel et notamment celui dont je porte le nom (de jeune fille ;), et autant je connais bien tous mes cousins descendants de son fils Louis-Joseph, mon grand-père (facile !), autant les descendants de Samuel ne me sont pas tous connus. Dans cet article, je vais donc essayer de mettre à plat la descendance de Samuel !

(Pour ceux qui sont perdus et souhaitent situer Samuel dans mon arbre, c'est par ici : http://blog.dans-les-branches.fr/p/52-ancestors-in-52-weeks.html)







Etat civil et vie de Samuel

Samuel Daniel Silas est né le 28 mars 1879 à Coinces, petit village du Loiret, du légitime mariage de Silas Joseph SOULAS et Amélie Mila GREJON.

Succédant à son père Silas, Samuel était apiculteur et cultivateur dans la ferme familiale à Coinces, et plus précisément au hameau de Lignerolles. Et pourtant, Samuel aimait beaucoup dessiner et se serait bien orienté vers une carrière plus artistique que l'agriculture. Voici ci-dessous son autoportrait à partir de la photo ci-dessus :


Autoportrait de Samuel Soulas - 1905
Archives familiales

Mais son père avait fait pression sur lui pour qu'il suive le même chemin que ses ancêtres dans la ferme familiale. Heureusement, Samuel ne fera pas la même chose, lorsque son fils aîné Louis-Joseph montrera une prédisposition pour le dessin. Il emmènera Louis-Joseph à Paris pour l'inscrire dans une école de dessin et Louis-Joseph deviendra un peintre-graveur de renom.

Mon père m'a raconté que Samuel, son grand-père, était un original. Il labourait ses champs au milieu de la nuit et cultivait en Beauce la vigne et l'asperge. Il avait toujours les plus beaux attelages pour ses chevaux, avec du velours, des pompons et des grelots. Il avait aussi la réputation d'être un bon vivant !

Concernant son parcours militaire, Samuel est de la classe 1899. Sa fiche matricule indique qu'il a été affecté au service auxiliaire de l'armée à cause d'un problème de santé. Pendant la Première Guerre Mondiale, il fit partie de la 5ème section de Commis et d'Ouvriers de l'Administration (COA), basée à Orléans.

Samuel épouse Jeanne CASSEGRAIN le 9 novembre 1904 à Epieds-en-Beauce, à une vingtaine de kilomètres de Coinces. Il me manque malheureusement leur acte de mariage, car l'Etat Civil du Loiret après 1902 n'est pas consultable. Comme Samuel, Jeanne est née à Coinces, donc aucune surprise, je pense, concernant leur rencontre !

Les photographies que je possède de Samuel sont assez originales de part son costume. En fait, Samuel aimait beaucoup voyager et en 1905 il est parti avec son frère aîné Josué et sans doute sa femme Jeanne en Tunisie. A l'issue du voyage, Josué restera à Tunis et y décédera en 1906, sans descendance. Les photos en costume ont sans doute été prises là-bas.


Josué, Samuel et Jeanne - ca 1905
Archives familiales

Cinq enfants naissent de l'union de Samuel et Jeanne : mon grand-père Louis-Joseph (1905-1954), Josué (1907-1985), Mireille (1909-1990), Silas (1912-1992) et Daniel (1914-1996).

La photographie ci-dessous a sans doute été prise vers 1916 :


Louis-Joseph (le plus grand au milieu), Mireille à gauche, Silas au centre, Josué à droite, Daniel en bas
Archives familiales (merci à M. Gréjon)

La photographie ci-dessus nous permet de reconnaître les cinq enfants SOULAS sur celle ci-dessous, prise à la même époque, vers 1916 :


Josué sur le cheval, Mireille, Daniel, Silas assis dans la carriole, Marthe la soeur de Samuel et Louis-Joseph à l'arrière
Archives familiales
La photographie est prise à Patay près de Coinces. La femme assise à côté de Louis-Joseph est Marthe SOULAS, la soeur de Samuel. Les autres personnes non identifiées sur la photographie sont sans doute des proches de la famille. Ni Samuel, ni sa femme Jeanne ne sont sur la photographie. 

L'homme debout à droite pourrait être le mari de Marthe, Louis LEMAIRE. La mère de Samuel, Amélie GREJON, décédée en 1916 à l'âge de 71 ans, pourrait être l'une des deux femmes âgées assises dans la carriole. Silas le père de Samuel est décédé en 1909 et les parents de Jeanne sont tous deux décédés en 1904, donc ils ne peuvent figurer sur la photo.


Quelques années plus tard, en 1929, la fratrie SOULAS prend à nouveau la pose au mariage de Mireille :


De gauche à droite : Silas, Josué, Mireille, Louis-Joseph, Daniel
Archives familiales

Ce sont donc les descendants de cette fratrie que j'aimerais tous retrouver.

Arrêtons-nous un instant sur les prénoms : il est intéressant de noter que les prénoms de Samuel, de ses enfants et de son père Silas sont des prénoms bibliques qui sortent des ordinaires prénoms Pierre, Antoine, Jacques que je retrouve plus haut dans la branche SOULAS. Le père de Silas Joseph se prénomme en effet Pierre Prosper Antoine. 

La mère de Samuel, Amélie GREJON vient d'une famille protestante. De par la mémoire orale, on dit que les SOULAS eux-mêmes étaient protestants venant de Toulouse et émigrés en Beauce lors des Guerres de religion. Dans l'acte de naissance de Samuel (voir la ligne de vie ci-dessous), on voit que l'un des témoins, William Occam LEMAIRE est pasteur à Patay. Mon grand-père Louis-Joseph a également été baptisé au Temple Protestant d'Orléans. 

Cependant, je retrouve bien les ancêtres de Pierre dans les registres paroissiaux, signe qu'ils n'ont pas fait partie des protestants ayant refusé le baptême ou le mariage devant un curé catholique (ce qui n'est pas le cas chez les GREJON où il est dur de retrouver certains actes). Pour plus d'informations sur les protestants, voici un article très bien fait : http://www.museedudesert.com/article5723.html

Reste à comprendre pourquoi Pierre SOULAS appelle tout à coup ses enfants avec des prénoms bibliques à partir de 1837, alors que les descendants de ses frères et soeurs continuent à avoir des prénoms assez communs...


Pour conclure sur l'Etat Civil de Samuel, j'apprends sur son acte de naissance qu'en 1922, il se remarie avec Marie ROBERT, surprise, car Jeanne est décédée en 1928, donc cela veut dire que Samuel et Jeanne ont divorcé entre 1914 (naissance de leur dernier enfant) et 1922. A ce jour, je n'ai pas retrouvé la date de leur divorce, ni les circonstances de leur séparation. Samuel décède le 19 mars 1931 à Paris, au 11 rue de la Santé (mais son acte de décès indique bien qu'il est domicilié à Lignerolles). Il est enterré dans le petit cimetière de Coinces avec ses ancêtres. Mon père étant né après 1931, il n'a malheureusement pas connu son grand-père mais je le remercie pour les anecdotes qu'il m'a racontées sur Samuel.



A partir de toutes ces informations, j'ai construit la ligne de vie suivante pour Samuel :






Pour en savoir plus sur la vie de Samuel, il me reste donc encore à retrouver :
- l'acte de mariage de Samuel et Jeanne le 9 novembre 1904 à Epieds-en-Beauce
- éventuellement leur contrat de mariage qui sera indiqué ou non sur l'acte de mariage
- l'acte de divorce de Samuel et Jeanne, date et lieu inconnus
- l'acte de mariage de Samuel et Marie le 27 septembre 1922 à Coinces

Encore beaucoup de choses à découvrir sur lui je l'espère !



Mapping de la descendance de Samuel

Attaquons maintenant dans le détail la descendance de Samuel. J'ai réalisé un mapping de sa descendance. En respectant les données sur les contemporains cela donne le diagramme suivant (cliquer pour agrandir) :


Mapping de la descendance de Samuel Soulas

Difficile de travailler publiquement sur une descendance tout en respectant les données des contemporains. J'ai choisi pour chaque génération de séparer les enfants ayant une descendance (connue) et rassembler ceux n'ayant pas de descendance. J'ai identifié les premiers par l'initiale de leur prénom. La mention (D) est indiquée lorsqu'une personne est décédée.

J'ai également suivi un code couleur me permettant de déterminer les descendants mâles de Samuel qui ont transmis ou portent encore le nom de famille SOULAS : en bleu les hommes portant le nom SOULAS, et en rose les femmes ou les hommes dont c'est la mère qui descend de Samuel, et qui ne portent donc pas le nom SOULAS (même si maintenant les enfants peuvent prendre le nom de famille de leur mère, me direz-vous !). En fait, j'avais envie de voir combien il reste de descendants de Samuel portant notre nom de famille, car de notre côté, avec la branche de Louis-Joseph, le nom de famille SOULAS s'éteint 

On voit que Samuel a :
- 5 enfants dont 4 sont des garçons portant le nom de famille SOULAS
- 23 petits enfants dont 10 garçons SOULAS
- 41 arrière petits enfants dont 9 garçons SOULAS
- 26 arrière arrière petits enfants dont 4 garçons SOULAS
- 4 arrière arrière petits enfants dont 2 garçons SOULAS

Selon ma vision de la descendance de Samuel, celui-ci aurait donc 90 descendants vivants. Cependant, je ne suis pas au courant de tout ce qui a pu se passer dans l'Etat Civil de cette descendance, entre naissances et décès...

Je ne sais pas si cela est le cas pour une majorité ou une minorité des généalogistes, mais finalement je m'aperçois que je connais souvent mieux ce qui se passe dans des familles plus éloignées que dans la descendance de mon propre arrière grand-père ! Difficile de recueillir des informations sur les contemporains de la famille proche que la généalogie n'intéresse pas forcément et qui se demandent pourquoi cette lointaine cousine pose toutes ces questions ! Alors si vous lisez cet article et que Samuel SOULAS est votre ancêtre, n'hésitez pas à me contacter !




lundi 10 février 2014

Le lundi 10 février 2014 par Marine S dans , ,    9 commentaires

Je vous partage aujourd'hui une photographie qui nous a été transmise par ses héritiers au décès de la tante de ma mère, Gilberte, en 2005.

Gilberte était la femme de Victor CHOMETON (1907-1997), frère de mon grand-père Pierre CHOMETON (1909-1994). Nous savions que Victor possédait de nombreux papiers de famille sur ses ancêtres, que Gilberte devait avoir dans ses tiroirs. Mais à son décès, ses héritiers (de son côté à elle, car Victor et elle n'avaient pas d'enfant) ont été assez frileux pour nous communiquer ces documents qui ne les concernaient pourtant pas. Ils ont quand même fini par nous envoyer cette photographie qui viendrait donc de la famille CHOMETON !

Le père de Pierre et Victor, Eugène CHOMETON était commerçant au Havre. Il y naît le 7 mai 1870, s'y marie le 30 mars 1894 avec Rachel GOSSELIN, et y décède le 1er décembre 1964, à l'âge de 94 ans. Ma mère, sa petite fille, avait alors 14 ans. Elle l'a donc assez bien connu pour se souvenir qu'elle l'avait entendu parler de l'armée et du Cadre Noir de Saumur, la prestigieuse école de cavalerie. Elle savait également qu'il existait une photographie de lui en uniforme de soldat. 

Lorsque nous avons reçu cette photographie, une question s'est tout de suite posée : le soldat sur cette photographie est-il Eugène CHOMETON ?




Premier indice, l'uniforme. En parcourant les photographies de régiments de la Première Guerre Mondiale sur le site http://www.chtimiste.com (une vraie mine d'or ce site !) et sur http://military-photos.com/histochass.htm, je reconnais (confirmé par chtimiste) l'uniforme des régiments de chasseurs à cheval (régiments de cavalerie). La cavalerie... point commun avec Eugène qui aurait fait l'Ecole de Cavalerie de Saumur.

Deuxième indice, les chiffres écrits sur le col ? En jouant sur les niveaux et les contrastes dans Photoshop, il semblerait que le chiffre 18 soit écrit des deux côtés du col. Cela indique-t-il que l'homme sur la photo fait partie du 18ème Régiment de Chasseurs à Cheval ? Je ne trouve rien de concret sur ce régiment sur Internet (parenthèse naïve : il n'existe pas de listings des soldats pour chaque régiment par année ?). D'ailleurs, cet indice est très faible, car je n'arrive pas à déterminer précisément si c'est bien un chiffre ou juste un dessin sur le col.

Troisième indice, le cadre de la photo. Malheureusement, personne n'a rempli les informations figurant sous la photo, ce qui aurait pu m'être d'une si grande aide ! Mais finalement ç'aurait été trop simple...! La classe est quand même indiquée comme étant dans les années 1890-1899. De par sa date de naissance, Eugène est justement de la classe 1890 !

J'ai donc contacté les Archives Départementales de Seine Maritime pour obtenir son numéro de matricule et sa fiche (ces archives n'étant malheureusement pas encore en ligne). Je leur ai indiqué que la classe d'Eugène était la classe 1890 et qu'il habitait au Havre en 1890, ce dont je n'étais pas absolument sûre mais qui était extrêmement probable. Le bureau de recrutement d'Eugène était donc très probablement celui du Havre. J'ai ainsi récupéré la fiche matricule d'Eugène que je vous retranscris ci-dessous (n'ayant malheureusement pas la licence pour publier l'image sur Internet) :


Retranscription de la fiche matricule d'Eugène CHOMETON
(pour ceux que cela intéresse, je peux vous envoyer la trame de mon fichier Excel !)

On y trouve un tas d'informations très intéressantes sur Eugène !


Sur la fiche, il est indiqué que sa classe de mobilisation est 1889, au lieu de 1890. Bizarre ? En fait, la classe de mobilisation n'est pas tout à fait la même chose que la classe de recrutement. La classe de recrutement correspond à l'année de naissance + 20 ans, car c'est à 20 ans que les hommes sont recensés militairement. Généralement, cette classe est la même que la classe de mobilisation. Mais dans notre cas, il est indiqué sur sa fiche qu'Eugène est "engagé volontaire". De ce que je comprends de cette indication, Eugène n'aurait donc pas attendu d'être inscrit sur la liste de recrutement cantonal pour s'engager, sans doute parce que les engagés volontaires ont l'avantage de pouvoir choisir leur corps d'affectation.

Cependant, quelque chose me chiffonne : Eugène a commencé son service actif le 27 octobre 1890 et non en 1889... Eh bien en fait j'ai appris que le départ habituel à l'armée se faisait toujours l'année des 21 ans de l'appelé : ainsi la classe 1890 était toujours incorporée en octobre de l'année suivante, soit octobre 1891. Engagé volontaire à la fin de l'année 1890, Eugène suit donc le sort de la classe 1889 qui vient d'être incorporée.

La classe (de mobilisation) est utile pour savoir si son ancêtre a été mobilisé lors de la Première Guerre Mondiale. Les classes de 1887 à 1919 furent mobilisées selon la répartition suivante, valable du 1er octobre 1913 au 30 septembre 1914 et suivie pour la mobilisation (plus d'infos ici) :
- Classes de 1911 à 1913 : Armée active
- Classes de 1900 à 1910 : Réserve de l'armée active
- Classes de 1893 à 1899 : Armée territoriale
- Classes de 1887 à 1892 : Réserve de l'armée territoriale -> c'est le cas d'Eugène


Détaillons maintenant le parcours militaire d'Eugène. De 1890 à 1891, il fait partie du 28ème Régiment de Dragons, corps qu'il aurait donc choisi au vu de son engagement volontaire. Internet fourmille d'histoires et d'informations sur les différents régiments à partir de 1914. Mais pas d'information ni de photographies de celui-ci en 1890-1891. Je repère tout de même que l'uniforme des dragons est différent de celui que porte notre mystérieux soldat sur la photographie, la couleur de la veste du dragon est plus foncée :


Dragon du 28ème régiment
Source : Message de Nico56 sur http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/Forum-Pages-d-Histoire-cavalerie/dragons-sujet_36_1.htm

Dommage car le numéro 18 que je lis sur le col pourrait être un "28"...

De 1891 à 1892, Eugène passe à la 5ème compagnie de Cavaliers de remonte. Cavaliers de remonte ? Pas facile de trouver des informations sur cette compagnie. Le rôle de la cavalerie de remonte est de procéder à l'achat (ou la réquisition) des chevaux, d'assurer leur élevage et leur préparation au régime militaire. Sur Gallica, je trouve quand même que la 5ème compagnie était affectée au service des Ecoles Militaires : entre autres l'Ecole Supérieure de Guerre de Paris, l'Ecole Militaire de Saint-Cyr, l'Ecole Militaire d'Infanterie de St Maixent... et l'Ecole de Cavalerie de Saumur ! La fiche militaire d'Eugène indique également qu'il est justement passé à Saint-Maixent (et non St Mexent, mal orthographié sur sa fiche) de 1892 à 1893. Même si aucune référence à Saumur n'est faite sur sa fiche, j'ai donc tendance à croire la mémoire orale selon laquelle Eugène y est bien allé. De nombreux sites de particuliers indiquent d'ailleurs que la 5ème cavalerie de remonte était celle de Saumur.

Sa fiche indique également qu'Eugène est brigadier fourrier. Le fourrier est chargé de la distribution des vivres et des équipements, et du campement des troupes. C'est donc un rôle logistique.

Mais de nouveau, l'uniforme des cavaliers de remonte, très foncé, diffère de celui de notre soldat :


Cavalier de remonte de la 5ème compagnie à l'orée du XXème siècle
Source : Message de Manjimup61 sur http://lagrandeguerre.cultureforum.net/t61789p20-la-cavalerie-de-remonte


Après ses 3 ans jour pour jour passés dans l'armée active, Eugène a fini son service actif le 27 octobre 1893. Il passe alors dans la réserve de l'armée active, c'est-à-dire qu'il pourra être appelé en cas de mobilisation pour compléter les effectifs de l'armée active. Il est affecté au 3ème escadron du Train des Equipages à Vernon. En temps de guerre, le Train des Equipages est chargé du ravitaillement et des évacuations de l'armée, encore de la logistique ! Eugène y effectue ses deux périodes d'exercices de 28 jours en juin 1896 et 28 jours en août 1899.

Entre temps il s'est marié avec Rachel GOSSELIN le 30 mars 1894 au Havre. Et sur son acte de mariage, il est indiqué qu'Eugène est comptable, ce qui est sûrement la raison pour laquelle il a un rôle logistique dans l'armée.

Le 15 novembre 1901, il passe dans l'armée territoriale. Pourtant, en bas à droite de sa fiche, il est noté qu'il aurait dû passer dans l'armée territoriale le 27 octobre 1903 (soit après 10 ans légaux passés dans la réserve de l'armée active). Cependant, il existe une dispense "article 58" (article 58 de la loi de recrutement de 1889) qui stipule que tout père de 4 enfants passe automatiquement dans l'armée territoriale. Et en effet, le 1er avril 1901 est né le 4ème enfant d'Eugène.

Dans l'armée territoriale, Eugène effectue une période d'exercices de 14 jours en avril 1904. Le 1er octobre 1909, il passe enfin dans la réserve de l'armée territoriale. En bas à droite de sa fiche, il est indiqué qu'Eugène devait être définitivement libéré de ses obligations militaires le 27 octobre 1915.

Mais le 1er août 1914, un décret annonce la mobilisation des soldats pour la Première Guerre Mondiale. Eugène est mobilisé dans le 3ème escadron territorial du Train des Equipages à Vernon. Il n'y reste qu'une semaine, du 15 au 22 septembre 1914, car il est libéré de toute obligation militaire, étant père de 8 enfants.

La fiche matricule m'a donc permis de retracer le parcours militaire d'Eugène. Grâce à cette fiche, je peux réaliser une ligne de vie très complète pour Eugène. Dans cet article, je me suis volontairement concentrée sur le lien entre la carrière militaire d'Eugène et la photographie. Mais j'ai encore beaucoup de choses à rechercher et à raconter sur lui, notamment concernant le reste de sa vie comme négociant en coton. Cela fera l'objet d'un prochain article lorsque j'aurai retracé en détail la deuxième partie de sa vie après son mariage !




Malgré toutes les précieuses informations que j'ai récupérées et tenté d'analyser, il n'y a pas de trace d'une quelconque appartenance d'Eugène au Régiment des Chasseurs à Cheval... à moins qu'il n'y ait des concordances entre les Régiments de Dragons et les Chasseurs à Cheval (j'avoue que je n'ai pas tout compris concernant l'organisation de l'armée). 

Je réalise tout à coup que j'ai une dernière piste à exploiter, celle qui aurait dû me sauter aux yeux dès le début : le signalement physique d'Eugène sur sa fiche ! Cheveux et sourcils châtains, front et nez ordinaires, petite bouche, menton rond et visage ovale, je trouve que cela ne va pas à l'encontre de l'apparence de l'homme sur la photographie !

Il faut maintenant conclure : malgré son apparence physique semblable (mais somme toute assez commune) et au vu de son parcours militaire, Eugène CHOMETON ne serait pas le soldat sur la photographie de la tante Gilberte... 

Eugène a 3 demi-frères d'un premier mariage de son père Victor. Peut-être est-ce l'un d'eux ? Cependant, leurs classes ne correspondent pas à la fourchette 1890-1899 de mon indice n°3...

[Edit décembre 2014 : la suite du mystère de la photographie ici !]

Outils indispensables pour des recherches sur un ancêtre pendant la Première Guerre Mondiale :


- Excellent site, incontournable pour comprendre le parcours d'un combattant de la Première Guerre Mondiale : http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/pasapas.html

- Moteur de recherche pour retrouver un bureau de recrutement : http://www.ancestramil.fr/bureaux_de_recrutement_fr.html


- L'indispensable Chtimiste avec l'historique et les photos de nombreux régiments pendant la Première Guerre Mondiale : http://www.chtimiste.com

- Autre site intéressant pour retrouver les historiques des régiments pendant la Première Guerre Mondiale : http://jeanluc.dron.free.fr




jeudi 6 février 2014

Le jeudi 6 février 2014 par Marine S dans    10 commentaires

Alors que se tient en ce moment le Salon RootsTech 2014 à Salt Lake City, j'ai eu moi aussi le droit à mon événement généalogique, certes à une moins grande échelle, mais sans bouger de Singapour ! Cet événement ne s'appelle pas "RootsTech", mais tout simplement "Roots" ("racines" en anglais), peut-être parce qu'avant d'être "Tech", la généalogie à Singapour nécessite déjà de s'intéresser à ses "Roots". 





L'exposition "Roots : Tracing Your Family History" se tient donc à la National Library de Singapour jusqu'au 16 février 2014.

Le but de cette exposition est d'introduire les bases des recherches généalogiques à un public singapourien qui s'intéresse de plus en plus à ses origines. 

Un petit mot sur Singapour : Singapour est une ville état au sud de la Malaisie, dont la population présente une forte diversité ethnique. 

Environ 62% des citoyens singapouriens sont d'origine chinoise, 11% sont d'origine malaise, 7% sont d'origine indienne, 1% sont d'origine occidentale, le reste de la population étant des étrangers n'ayant pas la nationalité singapourienne (chinois, occidentaux, indiens...). La diversité de la population est liée à l'Histoire de Singapour : d'abord port de pêche malais, puis colonie anglaise à partir du début du XIXème siècle, se développant comme grande place commerciale et maritime, attirant chinois et indiens venus faire fortune, occupée par les japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis récupérée par la Malaisie et obtenant son indépendance en 1965.


Singapour et l'Asie du Sud-Est (pour mieux vous situer !)


Vu l'importance de la communauté chinoise à Singapour, j'ai été surprise de voir que l'exposition traite de la généalogie chinoise, mais traite en égales proportions des généalogies indienne, malaise, occidentale ou arabe. En effet, l'exposition nous fait suivre les histoires de plusieurs familles singapouriennes qui ont retrouvé leurs origines : de la famille ayant des ancêtres chinois passés par la Thaïlande avant d'arriver à Singapour, à la famille qui puise ses racines singapouriennes à l'arrivée d'un capitaine anglais au XIXème siècle.
Les recherches généalogiques de ses familles sont présentées comme des études de cas, avec anecdotes personnelles, sources généalogiques utilisées, et documents originaux.


Je vais utiliser les informations que j'ai retenues de cette exposition pour vous donner un petit aperçu de la généalogie en Asie. Dans mes futurs articles, j'ai l'intention de développer mes découvertes concernant les recherches généalogiques asiatiques (bien que n'ayant malheureusement pas d'ancêtre à retrouver dans cette partie du monde).


La généalogie chinoise

La généalogie a toujours été importante pour les familles chinoises, qu'elles soient nobles ou paysannes. Elle sert à s'assurer que le patrimoine et la richesse de la famille restent intacts. C'est un devoir pour les familles d'enregistrer leur généalogie dans leur livre de famille, le jiapu. Cependant, leur généalogie est centrée sur les hommes, et les descendants de sexe féminin ne sont pas enregistrées dans le jiapu.

En Chine, le nom de famille reflète le statut social de la personne et sa génération au sein de la famille. Le nom de famille chinois est composé de trois parties : 
- le nom de la famille hérité du père, 
- le nom de la génération, basé sur l'arbre généalogique et spécifique à chaque clan de la famille,
- le prénom, qui est choisi de manière à ce que la signification du nom complet dénote la bonne fortune.
Les chinois considèrent en effet que le nom de famille influence directement le destin de chacun. 

A noter que les noms de familles sont apparus entre 2852 et 2737 avant JC, pendant le reigne de Fu Xi qui souhaitait ainsi éviter les mariages inter-clans. 

Parmi les ressources pour faire sa généalogie chinoise, il existe une Encyclopédie des Ancêtres Chinois par Nom de famille (Encyclopaedia of Chinese Ancestor Portraits of Different Surnames) datant de 1999, et qui répertorie les portraits d'ancêtres chinois (portraits physiques et faits marquants de leur vie) en fonction de leur nom de famille, retrouvés grâce à différentes sources généalogiques chinoises. 


Encyclopaedia of Chinese Ancestor Portraits of Different Surnames (China, 1999)
Collection de la National Library of Singapore

La généalogie malaise

En Malaisie, la généalogie se transmet oralement, et il n'est pas tenu de livre écrit. Par contre, les familles royales enregistrent leur généalogie pour établir des connections avec d'autres grandes familles, pour faire valoir leurs privilèges, et tracer leur lignage à partir de personnalités comme Alexandre le Grand ou le prophète Mahomet.


La généalogie indienne

La généalogie existe en Inde pour tracer les lignages chez les classes riches.


Livre contenant l'arbre généalogique d'une famille indienne (vers 1960)
Collection privée exposée à la National Library of Singapore pour  l'exposition "Roots"

Les hindous croient également que le nom influence le destin d'une personne, et il est donc très important pour eux de choisir le prénom du nouveau né avec précaution à partir de l'astrologie et la numérologie. Beaucoup d'hindous et de sikhs utilisent par exemple le nom du dieu du tonnerre Indra comme le suffixe d'un prénom pour que l'enfant soit disposé à avoir des qualités de combattant.


La généalogie arabe

La généalogie arabe a pour but de retracer les origines des familles par rapport au prophète Mahomet. Des généalogistes arabes ont pour fonction d'enregistrer les naissances et décès dans une famille, essentiellement pour les individus masculins. Cependant, les familles n'informent pas toujours le généalogiste de nouveaux événements familiaux. Il doit donc souvent se débrouiller pour mettre à jour les arbres généalogiques.


Arbre généalogique d'une famille arabe dessiné par le généalogiste de la famille (vers 1900)
Collection privée exposée à la National Library of Singapore pour  l'exposition "Roots"


Tradition familiale

Ces différentes cultures généalogiques ont des points commun que l'on retrouve plus ou moins dans notre généalogie occidentale :

- L'importance du foyer familial : le foyer est habituellement la maison du plus ancien de la famille. Que ce soit lors du Nouvel An Chinois, de la fête indienne Deepavali, de la fête musulmane Hari Raya, c'est dans ce lieu que les familles se rassemblent. En chinois, le mot "jia" signifie d'ailleurs à la fois "maison" et "famille".

- L'importance de la nourriture : les recettes familiales font partie intégrante de la tradition et l'histoire familiale. Chaque famille a sa propre recette qui évoque les rassemblements familiaux lors des fêtes religieuses.

- L'importance des objets hérités (heirlooms) : ces objets (bijoux, armes, vaisselle...) sont passés de génération en génération, avec leur histoire associée, leur signification dans la vie des ancêtres. Ils ont une très grande valeur émotionnelle et de connexion avec les racines familiales. Parfois ils sont même considérés comme des talismans protégeant la famille. Cet objets peuvent également être des lettres, des enregistrements oraux, des photographies qui ont aussi une valeur capitale pour rappeler les origines et les valeurs familiales. 


Sources pour retrouver ses ancêtres à Singapour

Les naissances et les décès à Singapour ont été enregistrés par l'Immigration and Checkpoint Authority. Les actes contiennent autant d'informations que celles que l'ont peut trouver dans un acte d'état civil en France. Pour des naissances et de décès partir de 1872, il est possible de faire une demande (payante) à l'Immigration and Checkpoint Authority pour obtenir l'acte enregistré. Il existe également des registres répertoriant tous les enterrements dans les cimetières singapouriens de 1860 à 1940, et possédés par la National Environment Agency. 


Registres des naissances à Singapour (1960)
Collection de l'Immigration and Checkpoint Authority


Les mariages civil et chrétien ont été enregistrés à partir de 1859 par le Registry of Marriages (ROM). 

Avant l'établissement du ROM pour les mariages et avant 1872 pour les naissances et les décès, il n'est pas précisé la marche à suivre pour faire des recherches généalogiques. Le pays étant passé par différentes phases politiques et la majorité de la population ayant immigré depuis les autres pays d'Asie, je pense que les sources généalogiques à exploiter sont les archives familiales privées et les archives du pays d'origine...

Les ressources utiles en ligne :


- Le Wiki de Family Search à propos de Singapour : https://familysearch.org/learn/wiki/en/Singapore
- Le site des Archives Nationales de Singapour : http://archivesonline.nas.sg
- Le site de la Genealogy Society of Singapore (en chinois) : http://singaporegenealogy.org
- Le site de l'Immigration and Checkpoint Authority : http://ica.gov.sg
- Le site du Registry of Marriages : http://www.rom.gov.sg


Si jamais l'un de vos ancêtres est passé par Singapour, n'hésitez pas à m'en faire part !


lundi 3 février 2014

Le lundi 3 février 2014 par Marine S dans ,    2 commentaires

Marcelle : Allez tu me racontes ce que tu m’as dit tout à l’heure, bon attends, tu m’as dit Grand-père était un très bon horloger.
Tante Marguerite : Très bon horloger, on disait à Genève "si c’est lui qui arrange votre montre vous pouvez être content !". Il a été dix ans à l’école d’horlogerie.
Marcelle : A quelle école ? A Genève ?
Tante Marguerite : Oui, on descend le pont et on se trouve en vue d’un groupe de maisons et il y a dessus « Ecole d’horlogerie ». Il paraît qu’il a été dix ans comme bon élève, bon professeur.
Marcelle : A Genève ?
Tante Marguerite : A Genève.
Marcelle : Ah bon, je savais pas tout ça.
Tante Marguerite : Oui, très très bon, les autres disaient il n’y avait rien à faire après lui.
Marcelle : Alors c’est à cet endroit-là que Grand-mère et lui se sont connus.
Tante Marguerite : Oui parce que Grand-mère était avec sa tante un peu plus loin, de l’autre côté de la rue, ils avaient un bazar, Maman m’a fait voir ce bazar, mais elle m’a pas parlé du temps.
Marcelle : Tu sais pas combien d’années ?
Tante Marguerite : Non.

Le dialogue ci-dessous est une interview que ma grand-mère Marcelle DONAT-MAGNIN a réalisée auprès de sa tante, Marguerite DONAT-MAGNIN, religieuse que je vous avais évoquée dans mon précédent article sur sa mère Valérie BEGUELIN épouse de Charles Honoré DONAT-MAGNIN. C'est Charles qui est ici le sujet de conversation des deux femmes. Cette interview date du 25 mars 1987, ma grand-mère Marcelle a 70 ans et Tante Marguerite doit avoir pas moins de 100 ans ! Quant à moi, je naîtrai 5 mois plus tard ! 


Tante Marguerite

Je pense que ma grand-mère avait une conscience généalogique et a voulu recueillir les propos de sa veille tante pour la postérité grâce à un magnétophone qu'elle possédait. J'ai eu la chance de tomber sur la cassette audio de nombreuses années plus tard (au milieu des cassettes de Charles Trenet de ma grand-mère) et ainsi pouvoir vous la retranscrire ici !

Evidemment, après avoir écouté cet échange, j'ai contacté l'Ecole d'Horlogerie de Genève pour leur demander s'ils avaient des archives sur Charles. Je n'ai pas eu de réponse à ce jour...

Charles est originaire du village de Mont-Saxonnex en Haute-Savoie où il est né le 31 mars 1844 du mariage de Joseph DONAT-MAGNIN et Isidoraz CACHOZ. Il y a quelques années, nous sommes allées ma soeur et moi à Mont-Saxonnex sur les traces des DONAT-MAGNIN et nous avons pu voir l'acte de naissance de Charles à la mairie de Mont-Saxonnex, nous avons noté ses ancêtres, mais sans prendre en photographie les actes ! Je n'ai pas eu le réflexe à l'époque ! 

Comme Tante Marguerite le raconte, Charles et Valérie BEGUELIN se sont donc connus à Genève où ils se sont mariés. J'ai pu retrouver leur acte de mariage le 17 juin 1876 grâce aux Archives de Genève en ligne.


Acte de mariage de Charles DONAT-MAGNIN et Valérie BEGUELIN
Source : Archives de Genève - E.C. Genève mariages 79 - Page 193

Je ne connais pas le lieu ni la date de décès de Charles, qui se situe entre 1916 (date du mariage de Marcel, son fils) et 1936 date à laquelle Valérie écrit une lettre à ma grand-mère (objet de mon article de la semaine dernière) où je comprends qu'elle vit seule avec sa fille Esther. Peut-être est-il enterré avec Valérie dans le petit cimetière de Mont Pélerin qui domine le lac Léman ? Peut-être est-il enterré avec ses ancêtres à Mont-Saxonnex ? Le cimetière y est rempli de tombes au nom des DONAT-MAGNIN.


Voilà ce que j'ai pu retrouver sur Charles DONAT-MAGNIN. La suite de la conversation entre Marcelle et Tante Marguerite ne le concerne plus directement mais renseigne sur sa famille, et se termine d'ailleurs assez dramatiquement pour la généalogiste que je suis ! 

Marcelle : Mon père c’est l’aîné ?
Tante Marguerite : Ton père c’est l’aîné, je crois qu’il avait aussi un autre frère mais on en a pas beaucoup parlé.
Marcelle : Qui était la plus jeune ? T’avais une sœur plus jeune, Yolande ?
Tante Marguerite : On était quatre, le frère, Marcel, Esther, Marguerite, et Yolande.
Marcelle : Mais Yolande elle est décédée jeune.
Tante Marguerite : Oui Yolande est décédée jeune, malheureusement.
Marcelle : Bon qu’est-ce que je voulais savoir encore, attends, je croyais que mon Grand-père était né en Haute-Savoie ?
Tante Marguerite : Peut-être.
Marcelle : A Mont Saxonnex, c’est mon père qui est né à Mont Saxonnex.
Tante Marguerite : Il y est mais pas de naissance, c’est son point d’origine, Mont Saxonnex.
Marcelle : Bon, mais mon père n'est pas né au Mont Saxonnex ?
Tante Marguerite : Je ne sais pas.
Marcelle : Parce qu’il faut que je fasse une carte d’identité, il faut que je donne la date de naissance de mon père.

Ma grand-mère parle ici de son père, Marcel DONAT-MAGNIN, qui a fait l'objet de mon article n°3 du challenge 52 Ancestors in 52 Weeks et qui est décédé alors qu'elle avait seulement 3 ans. Ce fut quand-même une surprise pour moi de découvrir qu'elle ne connaissait pas la date de naissance de son père !

Tante Marguerite : Alors un jour j’avais aussi des difficultés pour avoir un papier, quand j’étais à Genève, et alors ils voulaient absolument que je donne une vraie réponse, n’est ce pas, alors ils avaient demandé d’où était mon père, et ce qu’il faisait, et Père il parait qu’il n’avait jamais quitté le pays, et on a rendu la réponse laboureur parce qu’il travaillait à la terre.
Marcelle : Oh c’est pas mal, laboureur ! C’est pas horloger ça !
Tante Marguerite : Mon Grand-père.
Marcelle : Ah ton Grand-père, laboureur ! Ah au Mont Saxonnex !
Tante Marguerite : Oui il s’occupait de la terre, alors j’ai déchiré.
Marcelle : Pourquoi t’as déchiré ?
Tante Marguerite : Parce que toutes ces choses là, on en avait plus besoin.
Marcelle : Ah c’est dommage, c’est dommage parce que ce sont des témoins si tu veux.
Tante Marguerite : Oui mais pour maintenant, mais autrement…
Marcelle : Moi je garde tout, t’as rien comme papiers ?
Tante Marguerite : J’ai débarrassé.
Marcelle : Mais enfin il y a des choses intéressantes que les descendants…
Tante Marguerite : Oui pour la suite.
Marcelle : Quand je disparaîtrai au moins les petites filles auront des notes que j’ai marquées, on écrit quelque chose, au moins ils savent qu’en 85 j’ai fait ceci, j’ai fait cela, si ça les intéresse pas ils les brûleront si ils veulent mais enfin voilà ils peuvent trouver quelque chose, il me semble que c’est utile.

Entendre ma grand-mère prononcer ces paroles est très émouvant, car quand elle dit "les petites filles" elle parle de nous, ses petites filles. Que notre grand-mère se rassure, nous avons bien conservé tous les précieux documents qu'elle nous a laissés !

Mais malheureusement Tante Marguerite a donc déchiré tous les documents qu'elle avait, quel drame pour moi d'imaginer cela !

Dans les quelques minutes de suite de l'enregistrement, l'interview est finie et les deux femmes enchaînent la discussion sur la santé de Marguerite (qui décédera le mois suivant). 

Ce témoignage oral est je pense l'une de mes plus belles archives familiales. Et vous ? Interviewez-vous votre famille pour garder une trace enregistrée de la mémoire orale familiale ?